Festival de la Chanson de Tadoussac - QuébecDu 9 au 12 juin 2005
www.chansontadoussac.com
Magnifique petit village situé à 200 Km au Nord de Québec sur les rives du Saint-Laurent, Tadoussac est une commune qui attire les touristes en nombre, chaque été, pour sa baie, parmi les plus belles du monde, qui abrite différentes espèces de baleines (Bélugas, Rorquals, baleines bleues…). Cet endroit unique d'observation du plus grand des mammifères et aussi le lieu du plus grand des petits festivals québécois.
Pour sa 22ème édition, la programmation du Festival de la Chanson de Tadoussac était riche, puisque durant les quatre jours, une quarantaine d'artistes se sont produits, donnant lieu à plus de 50 représentations, sur 11 lieux différents. Plus de 25 000 personnes auraient assisté à l'événement ! Pour une bourgade de 800 âmes perdue dans la nature canadienne, entre forêts, fjord et fleuve, c'est plutôt exceptionnel.
Le but de ce festival, outre de faire découvrir des artistes francophones (québécois, belges ou français), est aussi de mettre en avant de véritables auteurs. Les éditions précédentes ont permis aux Tadoussaciens, de découvrir des artistes aussi divers que Daniel Lavoie (en 1994 et 1996), les rappeurs de Loco Locass (en 2001) très populaire dans leur contrée, mais aussi Robert Charlebois (en 2002), Jeanne Cherhal (en 2003), ou encore Stefie Shock, Lhasa ou Kate Mc Garrigle (mère des deux prodiges Rufus et Martha Wainwright) lors de la dernière édition.
Peu de noms connus à l'affiche de l'édition 2005, pour nous autres Français ! Pour ma part, j'avais entendu parler de Martha Wainwright suite à son passage au festival des femmes s'en mêlent, le nom d'Amélie-les-crayons ne m'était pas inconnu et on m'avait conseillé de prêter une oreille attentive aux Breastfeeders. Pourtant, de vrais talents déjà bien réputés dans leur pays allaient se dévoiler devant nos yeux.
Le pré-festival allait donner le ton de ce week-end ensoleillé. Le mercredi soir, 9 jeunes auteurs-compositeurs-interprètes ouvraient le bal de façon surprenante. Invités à participer à un atelier d'écriture guidé par le Français Xavier Lacouture, ces artistes en résidence dévoilaient leurs talents. Ce qui marque le plus c'est cette communion avec le public, ce désir de faire rire, de faire partager des choses typiquement québécoise et fort séduisante ! Ce qui allait se confirmer tout au long du festival.
Jeudi 9 juin
Les trois accords ouvrent les festivités sur la grande scène Télé Québec située dans le sous-sol d'une église. Ce Kyo à la sauce québécoise, jouit d'une forte réputation depuis son succès avec le hit de l'été 2004, " Hawaïenne ". Dans une salle comble entièrement dédiée à leur cause, les stars locales enchaînent les tubes repris à tue-tête par un public très jeune. Leur dernier single " Turbo sympathique " (n°1 au palmarès des vidéoclips francophones les plus demandés sur le site Internet de la chaîne Musique Plus) fera une dernière fois chavirer la foule lorsque Pierre Lapointe, autre étoile locale, viendra leur prêter main forte.
Après ce délire adolescent, direction le Café du Fjord pour les choses sérieuses. Avec la fougue de Caïman Fu qu'on ne fera qu'entrapercevoir ce soir là, mais qu'on aura l'occasion de mieux apprécier le lendemain, puisque présent trois soirs de suite au même endroit, tout comme les Breastfeeders qui leur succédaient.
A minuit, heure locale, le dj chauffe la salle avec des classiques du rock (Rolling Stones, White Stripes et autre LCD Soundsystem) pendant que le groupe s'installe. Et lorsque Luc, Suzie, Sunny, Johnny, Joe et Kiki, les six membres des Breastfeeders arrivent sur scène la foule exulte ! Et on va vite comprendre pourquoi. Véritable choc musical et visuel ! Une énorme claque ! Ces enragés distillent des pépites de pur rock'n'roll chantées en français ! Même si les guitares en avant, nous empêchent d'entendre les paroles, on est subjugué par tant d'énergie. John Spencer et son Blues Explosion peuvent aller se coucher. On découvre tout simplement le plus grand groupe de rock'n'roll francophone du moment, voire plus… Pas de temps morts dans leur set impeccable d'1h30 dans lequel viendront se glisser deux reprises de Lio, dont un Banana Split torturé qui ne laissera pas le public indifférent. Originaire de Montréal, ce sextet vient de sortir son premier album " Déjeuner sur l'herbe " et commence à se faire un nom dans le milieu rock québécois, mais pas seulement… Car les Breastfeeders enchaînent les dates aux Etats-Unis, depuis quelques semaines ! Pas mal pour un groupe qui chante en français ! Avant leur prestation à Boston en mai dernier, un journaliste local décrivait les Breastfeeders comme un groupe "mod-punk/yé-yé/orchestre-pop gainsbourien". En effet, Rock'n'roll, rétro, garage, yé-yé et même punk, sont autant de qualificatifs attribués à ce groupe. Leur look 60's et leur jeu de scène finissent par nous faire succomber. On reviendra sans hésitation le lendemain et le surlendemain.

Vendredi 10 juin
Premiers concerts de la journée avec des français : d'abord Xavier Lacouture et son humour potache accompagné d'un excellent bluesman québécois à la guitare dans le cadre exceptionnel du Centre d'Interprétation des Mammifères Marins, puis Amélie-les-crayons pour une prestation très théâtrale, à l'Hôtel Tadoussac, qui accrochera un public plus nombreux avec un jeu de scène travaillé plutôt plaisant. Suivra en soirée, sur la grande scène de Télé Québec, la nouvelle coqueluche Pierre Lapointe, récemment disque d'or au Québec (30 000 disques vendus). Concert réussi et découverte d'un artiste et de musiciens pleins de talents. Même si le jeune chanteur semble un peu coincé sur scène, ce qui peut faire son charme, sa voix et son style font mouche. Inclassables, ses chansons jazzy, entrecoupés de samples ou de parties vocoderisées sont touchantes et agréables.

Sitôt terminé, on se dirige à nouveau vers le Café du fjord à 1km de l'église, pour cette fois prendre le temps d'apprécier Caïman Fu. La chanteuse qui est également comédienne ne laisse pas indifférente. Sa voix et sa bonne humeur charment le spectateur. Le trompettiste et l'ensemble des musiciens séduisent par leur efficacité. Le tout donne un mélange assez enivrant entre rock et chanson façon cabaret !

Puis vient le tour tant attendu des Breastfeeders pour leur seconde prestation en deux jours. Avec un set identique mais joué dans un ordre différent, les Montréalais surprennent toujours autant !
Samedi 11 juin
Petite croisière pour aller admirer les baleines dans le Saint-Laurent, avant de poursuivre notre route de festivalier.
Premier concert de la journée en compagnie d'un belge, seul derrière son piano : Vincent Delbushaye. Désabusé, ce pianiste nous raconte sa vie souvent faite de déceptions, faisant parfois penser à William Sheller.
En début de soirée, la première tête d'affiche se nomme Dumas. Seul avec sa guitare, ils s'amusent à sampler des boucles d'accords ou de tatapoum, en jouant avec le micro, qu'il superpose en y ajoutant sa voix. Excellent sur scène et très communicatif, il obtient sans problème le soutien du public qui reprend ses refrains en cœur. Il faut dire que le garçon égraine les tubes depuis son premier album en 2001. De " J'erre " à " Linoleum " en passant par " Miss Ecstasy ", ses chansons accrochent tout de suite l'auditeur. Par son physique surtout mais aussi dans son interprétation, on pense à Mathieu Chédid, mais sans le folklore.

Dernier grand nom du festival : Martha Wainwright. Montréalaise d'origine et anglophone, la soeur de Rufus s'arrête le temps d'une soirée à Tadoussac dans sa longue tournée américaine. Sa voix est belle, parfois proche de celle de Marianne Faithfull, mais ses chansons folk sont plus mélodiques. Petite déception pour l'entame du concert, certainement dû à la fatigue accumulée. La fin sera un peu plus gaie, grâce notamment à la reprise de " C'est magnifique " de Cole Porter.

Pas de temps à perdre, il faut qu'on aille se dégourdir les jambes une dernière fois devant les Breastfeeders. Lorsqu'on arrive au Café du Fjord, ces fous furieux ont déjà bien entamé leur set, mais on se prend facilement au jeu. Ils prennent un tel plaisir à jouer qu'ils ne veulent plus s'arrêter pour leur troisième prestation d'affilée. Commencée vers minuit, elle prendra fin peu avant 2h du mat. Irrésistible ! En attendant peut-être de les voir un jour en France...
La scène musicale québécoise ne produit pas que des voix de cantatrices " variétisantes ". Ce sympathique festival nous prouve qu'il y a aussi et surtout des artistes de talents qui n'ont rien à envier aux artistes français et qui mériteraient d'être connus ici.
Merci à Serge Beyer de Longueur d'Ondes
Merci à Catherine Marck, directrice artistique et à toute l'équipe du festival
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