Mardi 11 septembre 2007
2
11
/09
/Sep
/2007
23:02
Parc National de Saint-Cloud
Du 24 au 26 août 2007
Quoi de mieux que de terminer la saison des festivals à domicile ? Rock en Seine se déroulait comme chaque année dans le Parc National de Saint-Cloud, aux portes de Paris. Sa programmation toujours aussi attrayante en fait l’un des plus important festival de rock en France.
Dans l’idée d’en donner toujours plus aux spectateurs, les organisateurs avaient, pour la cinquième édition, misé sur une journée supplémentaire. Trois jours de concerts pour des artistes forcément plus nombreux. Mais sommes nous gagnant pour autant ? On pourra leur reprocher trop d’éclectisme et de grosses fautes de goûts.
Le 1er jour restera comme le plus mémorable. On regrettera l’absence d’une réelle tête d’affiche le second soir. Enfin, la performance exceptionnelle de Björk aura comblé l’énorme vide du dimanche après-midi.
Vendredi 24 août
Des trombes d’eau ont inondé le site les jours précédents l’ouverture du festival. La boue est omniprésente et on craint le pire pour ce premier jour gris et froid !
On arrive pour le dernier morceau de Dizzee Rascal. Il n’y a personne devant la grande scène ! L’Anglais joue beaucoup trop tôt et peu de gens sont venus écouter du hip-hop.
Suivaient sur la scène de l’industrie les grands revenants Dinosaur Jr. Le son est catastrophique, chose qui se répétera très souvent sur cette scène ! Déjà très peu passionné par leur discographie et leur metal-noisy-skate-core, le résultat en live s’avère inaudible. Les trois gaillards ne sont plus tout jeunes, mais le style n’a pas changé. On préférera largement les guitares de Mogwai, dans un autre registre. Les Ecossais scotchent le public, de plus en plus nombreux devant la grande scène, avec leurs envolées post-rock. Agréable moment de lévitation, mis à part une fin chaotique trop expérimentale.
Surpris par la programmation de 2 Many DJ's en pleine après-midi, on peine à rentrer dans leur jeu. La formule n’a pas changé, le duo superpose des tubes pour faire danser. Mais en plein jour, la sauce prend difficilement, d’autant que leurs choix sont douteux, voire de mauvais goûts !
Les choses sérieuses commence réellement avec The Shins.
Les Américains ont bien évolué depuis leur passage à la Boule Noire en avril 2004. Leur set est beaucoup plus carré et leur jeu de scène à pris de l’ampleur. Quel régal à l’écoute des perles tirées des deux derniers albums proches de la perfection ! Sourire aux lèvres, on chantonne sur les énergiques « Saint-Simon », « So says I », « Phantom limb » ou encore sur l’excellent « Kissing the lipless ». On se sent revigoré et en pleine forme après un tel moment. Quel bonheur !
Les douceurs d’Emilie Simon nous berce pendant le repas, en attendant la première déflagration du jour.
Lorsqu’on arrive devant la grande scène, on sent une certaine euphorie dans le public. Les 5 membres de The Hives arrivent à l’heure dans une ambiance surchauffée. Le chanteur, sosie de Jim Carey, en fait autant que l’acteur dans un film des frères Farrelli.
Il ne reste pas en place et assure le show. Tous en costard-cravate comme à leur habitude les Suédois enchaînent à vitesse grand V, des morceaux de rock garage tous plus énergiques les uns que les autres. Le public se lâche quand résonnent les tubes « Hate to say i told you so » ou le fameux « Walk idiot walk ». Un set d’une heure presque parfait. Belle surprise !
Petit détour vers la scène de l’industrie où M.I.A a déjà commencé. Le hip-hop de l’Américaine tranche avec ce qui précède et avec ce qui suivra. On n’accroche pas !
On en profite pour se rapprocher des néons pour la grande messe finale. Quelle surprise de voir autant de monde agglutiné devant l’autel d’Arcade Fire !!! Les jeux de lumière rappellent le visuel de « Neon bible », leur dernier album. Quand toute la troupe débarque, l’euphorie est palpable.
Les Canadiens sont rodés sur scène et se donnent entièrement. Ils sont même habités par leurs instruments respectifs (de l’orgue, en passant par le violon, l’accordéon, la guitare ou la batterie). Win Butler très concentré chante avec maîtrise les morceaux déjà cultes des deux albums. Le public extatique n’en revient pas. Il vient de vivre un moment magique d’une rare intensité en compagnie d’un groupe qui, j’en suis sûr, marquera d’une pierre blanche les années 2000. La suite logique d’une voie tracée par Radiohead, qui avait donné la même impression un an plus tôt.
Samedi 25 août
La deuxième journée commence fort avec les Allemands de Puppetmastaz, étonnamment programmé à 15h ! Dansant et drôle, le hip-hop de ces marionnettes surprend toujours le public. Une question nous titille : que se passe-t-il vraiment derrière le rideau ?!? Y a t il réellement un DJ et des MC ? Le mystère reste entier !
On attendait The Fratellis au tournant après la sortie de leur album bourré de tubes, mais le trio manque d’énergie sur scène. On s’ennui ferme, même à l’écoute des titres les plus mélodiques !
Programmé en dernière minute pour remplacer la nouvelle coqueluche des magazines people Amy Winehouse, en cure de désintoxe, Cold War Kids a bien tenu son rang. Les américains assurent le show sur scène. Il faut dire que leur répertoire, encore limité, est de qualité. A la sortie, « Robbers & cowards » leur premier album, a été salué par les critiques, à raison. Comment ne pas rester insensible à l’écoute de titres aussi poignants et rageurs que « Tell me in the morning », « Hang me up to dry » et « We used to vacation » matraqués tout l’été sur les radios parisiennes.
On s’étonne ensuite de voir Erik Truffaz dans un festival rock. Le trompettiste a du mal à capter le public, malgré un essai peu concluant de formation plus classique incluant guitariste et chanteur. Horrible !
De la prestation de Jarvis Cocker, l’idole de la vieille classe pop avec les regrettés Pulp, on retiendra surtout son ardeur, son humour et son fameux déhanchement, tout comme au bon vieux temps ! Musicalement on reste sur notre faim avec une petite dizaine de morceaux issus de son album très moyen! On aurait aimé entendre un titre de son ancienne formation. Raté, on aura droit à une reprise de Black Sabbath et du célèbre « Paranoid » pour conclure !
Les déceptions s’enchaînent en cet après-midi pourtant ensoleillé ! Dix jours après leur formidable prestation à la Route du Rock, on se faisait une joie de revoir la sensation du moment : CSS. Les Brésiliennes jouent trop tôt et n’ont pas la même ferveur en plein jour ! La setlist n’est pas la même mais le show ne surprend plus. On retiendra plus particulièrement la tenu de la chanteuse très 80’s en combinaison fluo !
Retour devant la grande scène, pour ce qui sera notre dernier concert de la journée, pour voir les revenants de la scène new-wave britannique The Jesus And Mary Chain. Les Ecossais reprennent leur ancien répertoire - ils n’ont rien sorti depuis près de 10 ans - à la grande joie des fans de la première heure. On croise dans la foule Philippe Katerine, Philippe Manœuvre et une flopée de journalistes.
Le public est très attentif au son lourd et noisy du groupe, malgré un jeu de scène inexistant. Mais ce n’est pas ce qu’on leur demande. La voix de Jim Reid a quelque chose d’hypnotique. On retiendra surtout l‘enivrant « Head On », le surprenant « Happy When it Rains » en milieu de set ou encore le magnifique « Just Like Honey » rendu célèbre par Sophia Coppola dans « Lost in translation ».
Après une telle déflagration, on est étonné de remarquer à quel point le groupe a influencé nombre de formations actuelles, de Black Rebel Motor Cycle Club, à Oasis, en passant par Primal Scream (même si Bobby Gillespie était leur batteur au début de l’aventure).
On aura beau faire l’effort d’écouter des bouts du live des Rita Mitsouko sur le passage, mais la tension retombe irrémédiablement! Même les tubes n’y font rien! Il est tant de rentrer. On manquera volontairement la fausse tête d’affiche du jour : Tool. L‘attente sera trop longue pour voir Alpha. Dommage, car nul doute que le trip-hop langoureux de ces Anglais aurait accompagné de la plus belle manière notre esprit avant d‘aller se coucher.
Dimanche 26 août
Arrivé tôt pour voir la sensation The Horrors, programmée en début d’après-midi, on le regrettera. On apprend en arrivant sur le site que les Anglais annulent leur passage à Rock en Seine ! L’après-midi sera longue…
On s’installe alors devant la scène de l’industrie pour écouter Bat For Lashes. L’Anglaise à le même style et la même voix que Björk, tête d’affiche du jour ! Ses petites comptines sont plus dépouillées que celle de l’Islandaise. Accompagnée par deux musiciennes, la jeune fille cachée derrière son piano séduit le public encore patraque.
Par défaut, on retournera voir nos potes de Housse de Racket. Comme à son habitude le groupe assure... Le public est nombreux devant la scène de la cascade pour découvrir la futur sensation rock parisienne. Joli succès pour leur opéra rock à la française !
On passe très vite devant Devotchka. Avec un nom pareil, on craignait le pire et on avait raison. Cette fusion entre la musique traditionnelle Russe et la folk Américaine fait mal aux oreilles !
La suite n’est guère plus reluisante ! Le producteur Mark Ronson enchaînent les reprises de plus ou moins bon goûts avec un groupe de balloche ! Au secours !
On en profite alors pour revoir Nelson. Les Parisiens sont moins à l’aise qu’au Glaz’art en février dernier. Leur sauce new-wave prend difficilement sous le soleil. Décidément !
Ce n’est pas Kelis qui réchauffera notre coeur. L’Anglaise a un son kitsch et sa voix s’essouffle. Le R n’ B est-il moribond ? On n’arrive même pas à accrocher sur l’excellent single « Trick me » ! On zappe…
Les choses sérieuses commence en fin d’après-midi avec les Kings of Leon. Même si la voix rocailleuse du chanteur s’avère irritante par moment, force est de constater que les Américains ont de la tenue sur scène. Repérés il y a 5 ans alors qu’ils surpassaient les Strokes scéniquement en levé de rideau, ces petits jeunots ont pris de la graine. Ils assurent et rassurent les nombreux fans avec leur fort accent revival à la Creedance.
Sur la scène de l’Industrie Just Jack batifole. L’Anglais nous surprend avec son UK Garage et son parlé chanté à l’accent londonien ! On retiendra particulièrement la puissance de tubes comme « I talk too much » ou « Writer’s block ». Etonnant !
On retrouve par la suite la soupe de Faithless. On se demande ce que font ces Anglais aujourd’hui dépassés. Le groupe cartonnait en boite à la fin des années 90 avec une dance calibrée, mais s’est vite fait oublié depuis ! On regrette d’avoir oublié nos boules quies… Quelle horreur !
Craig Armstrong nous apaise quelque peu après tant de déconvenues. Sa prestation, même sans relief, se regarde volontiers. On se raccroche à se qu’on peut, avant le déluge…
La foule est dense devant la grande scène pour la venue de Björk ! 20 000 personnes surexcités l‘attendent avec impatience. L‘Islandaise débarque pieds nus dans une robe blanche, maquillées jusqu‘au cou. Elle est accompagnée par Chris Corsano à la batterie et par Mark Bell aux machines. Une section de cuivres d’une dizaine de musiciennes asiatiques multicolores se trouve à sa gauche.
Le concert commence sur les chapeaux de roue avec les beats d’ « Innocence » issue de son dernier album Volga. On a une petite crainte, vite dissipée, mais de promo il ne sera pas question puisque seulement quatre nouveaux morceaux apparaîtront dans la setlist! On se réjouit d’entendre une majorité de titres d’Homogenic, son chef-d’œuvre. D’abord avec un « Hunter » poignant, puis avec « Jóga » et cette voix exceptionnelle, haut perché. Les cordes sont remplacées par des cuivres, mais on ne perd pas au change, au contraire. Les morceaux sont souvent débridés, parfois plus intimistes. En milieu de set, s’enchaînent des titres de toute beauté : le grandiose et dépouillé « Hidden Place » ou l’envoûtant « Pagan Poetry » issus de Vespertine. L’electro reprend le dessus par la suite. Les beats de son dernier single « Earth Intruders » s’enchaînent à merveille avec ceux d’ « Army Of Me », l’un de ses premiers tubes. Le rythme va crescendo, d’abord avec le puissant « Five Years » pour finir en apothéose avec un « Hyperballad » remarquable et un « Pluto » hardcore d’anthologie. Le corps part en lévitation et les cris donnent des frissons!
Au rappel, sous une pluie de confettis dorés, Bjork clôt une prestation ahurissante par un "Declare Independence" déjanté et barré, à son image! On en reste bouche bée!